Pouvoir ouvrier à Porto Marghera
Du Comité d'usine à l'Assemblée régionale
Vénétie, 1960-80

couverture du livre

Après la Fiat et la Magneti Marelli, voici la chronique d'une troisième figure de l'autonomie ouvrère italienne : le Comité de la Montedison à Porto Marghera (près de Venise), monté avec l'aide du groupe Potere Operaio, qui se transformera en Assemblée ouvrière à partir de novembre 1972 et étendra son influence à une partie de la Vénétie. Des revendications identiqes à celle des autres comités ouvriers de l'époque apparaissent ici (augmentations uniformes, et même inversemment proportionnelles à l'échelle des salaires, réduction des cadences), portées par les mêmes méthodes de lutte (assemblées d'atelier puis d'usine, cortèges internes, refus de la délégation) et prolongées par des interventions extérieures sur les questions de logement, de transport, et, déjà, des nuisances chimiques dont pâtit, outre les employés de la grande usine chimique, toute la région. Écrite par certains de ses acteurs mèmes, la « mémoire ouvrière » n'est ici ni une élégie funèbre ni un ressassement nostalgique mais un encouragement à combattre aujourd'hui, et à vaincre.

Devi Sachetto, Gianni Sbrogiò, Les nuits rouges, 2012, 19 euros. Paru précédemment en italien chez Manifestolibri, Rome, 2009.

La « Garde rouge » raconte
Histoire du Comité ouvrier de la Magneti Marelli
Milan, 1975-78

couverture du livre

Dans une grande usine milanaise, la Magneti Marelli, plusieurs dizaines de salariés s'organisent au milieu des années 1970 contre la direction et les syndicats dans un Comité politique ouvrier. Bientôt, cette « Garde rouge » comptera plusieurs centaines d'ouvriers (sur les 5000 de l'usine) – soit une force équivalente à celle du PCI – et sera en mesure d'imposer l'arrêt des mesures de restructuration (licenciements, délocalisation). Ce Comité ouvrier ne reste pas cantonné dans les murs de l'usine et participe aux autres luttes, grèves, manifestations, nombreuses à l'époque en Lombardie et dans toute l'Italie, et notamment à cette manière radicale de combattre l'inflation : les « autoréductions ». La Magneti Marelli ne fut pas la seule usine italienne à connaître des organes autonomes ouvriers, mais c'est son Comité qui a servi de référence à tous les autres, à la fois par ses initiatives propres et par sa capacité à faire profiter de son expérience les ouvriers des petites entreprises environnantes. Ce combat exemplaire s'inscrit dans le cours de cette tentative révolutionnaire des années 1968-1979, qu'il importe de défendre contre les falsifications et les calomnies qui l'accablent, et d'en tirer toutes les leçons qui s'imposent.

Emilio Mentasti, Les nuits rouges, 2009, 14 euros. Paru précédemment en italien chez Colibri, Paderno Dugano, 2000.

« J'ai finalement découvert que nous ne luttions pas seulement contre le patron mais contre tout. »
Un ouvrier en lutte à l'usine FIAT Mirafiori en 1969.

La FIAT aux mains des ouvriers
L'automne chaud de 1969 à Turin

couverture du livre

Ce livre retrace et analyse les mouvements de grève sauvage d'OS des usines FIAT, dont celles de Mirafiori, pendant l'année 1969 (de mai à décembre) en replaçant ce conflit dans une vague de rébellion qui a secoué l'Italie pendant une dizaine d'années : des usines aux universités, des quartiers populaires aux collèges, cette secousse sociale et politique repose sur des mouvements de grève le plus souvent sauvages et très durs, mais aussi sur un mouvement d'auto-réduction des loyers et des prix.

Les jeunes OS non qualifiés et venus du Sud se lancent massivement dans la lutte, en réaction à des conditions salariales et de travail particulièrement dures. Ils vont imposer leurs propres revendications (augmentations uniformes, passage de la catégorie pour tous, contrôle des cadences, parité d'avantages avec les employés, samedi férié, etc.) et modalités de lutte (grèves sauvages tournantes, blocages de la production, cortèges internes pour « nettoyer » les ateliers réticents à entrer en lutte, humiliation des chefs contraints d'ouvrir ces cortèges internes en brandissant le drapeau rouge…), en association avec des militants étudiants ou extérieurs d'autres usines, venus au départ les rencontrer aux portes de l'usine pour former ensuite, ensemble, une assemblée ouvriers-étudiants qui signera ses tracts par Lotta Continua. Cette assemblée présentera ce cas unique dans le monde où de 500 à 1 000 ouvriers se réunissaient quotidiennement, après le travail, pour discuter des actions et en préparer d'autres et, pendant un moment, ont pu contester le pouvoir des syndicats sur la direction des luttes et poser la question de la révolution.

Face à cette déferlante, les syndicats débordés vont profiter des vacances pour faire leur auto-critique et accepter, bon gré malgré, les revendications d'abord puis les formes de luttes ensuite des grévistes. Ils vont bénéficier de deux avantages. Premièrement, à l'automne s'ouvre le renouvellement tri annuel des conventions collectives nationales de toutes les branches qui doivent être signées avant décembre 1969. Le syndicats vont donc pouvoir organiser des journées de grève nationales pour épuiser préventivement la combativité ouvrière et en donner le rythme. Deuxièmement, une majorité d'ouvriers veulent consolider les acquis de juin, et préfèrent s'appuyer sur les délégués par opposition à la minorité qui y répondra par le slogan « Nous sommes tous des délégués.»

Un livre à lire donc qui tant dans la description que l'analyse permet à tous de se faire une idée de la richesse de ce mouvement et des questions qu'il a soulevées d'autant que les questions concrètes posées par la lutte de cette époque (délégation ou pas, avant-garde à un moment mais pas à un autre, etc.) n'ont été résolues ni hier ni encore aujourd'hui…

Diego Giachetti, Marco Scavino, Les nuits rouges, 2005, 14 euros. Paru précédemment en italien chez BFS Edizioni, Pise 1999.